PatrickTanguy, l'homme de toutes les formations

Aéro club de Montpellier
Patrick Tanguy se lance en philosophie

Voler pour voler … à  quoi ça sert ?


A propos
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La voilà  bien la question maligne, la question perfide, la question mortelle ! C’est vrai, tu réponds quoi à  ça ?

Ca fait des mois que tu tortures ton budget, des mois que tu t’en fais voir à  travailler des théories pire que quand tu bossais le BAC, des mois que tu bassines tes copains avec tes cours de pilotage et qui ne manquent pas de te demander :  « Mais ça doit revenir cher ton truc ?  ».
Ah… cette question ! un regard en coin vers ta femme, ça va, elle t’aime. La preuve ? elle fait semblant de n’avoir rien entendu. Mieux encore, elle intervient :  « Pas tant que je le craignais  ». O๠est-elle cette sainte que je la serre dans mes bras ! En plus, l’avion ça lui fait peur. Déjà  que dans un 737, elle trouve que c’est petit…

Voilà  pourquoi, au fil des mois, j’ai appris à  me moins répandre sur ce sujet. C’est en moi, comme une maladie, pire, comme une religion. Je cherche pourtant, au fil de la vie, à  détecter les phénomènes touchés par le virus de l’aéronautique. Mais j’y vais discrétos, à  la malicité, je sens d’abord, je renifle ensuite et je pià¨ge enfin.

Quand je rencontre quelqu’un que je ne connais pas encore, je risque d’abord une allusion. En général je me sers du langage radio. C’est tout simple. Par exemple, le gars vous dit son nom. Ne reste qu’à  lui demander :  « Ca s’orthographie comment DUPON, avec un D comme Delta ou avec un T comme Tango ?  » Ca accroche ? Non, tant pis. Il aurait du réagir s’il était de la confrérie. Je me demande vraiment ce que je vais en faire de celui-la. Comment ? c’est un client ? Son budget s’élève à  combien d’heures de vol ? Humm… respect.

Et puis parfois, mais c’est rare, à  la question  « delta-tango  », le gars vous regarde d’une drà´le de façon. Las… neuf fois sur dix, c’est qu’il ne comprend pas le sens des mots… faux espoir.

Arrive enfin la deuxième chance. Le type accentue son regard d’un demi sourire. Ca y est, j’en tiens un ! d’ailleurs, il enchaine déjà  : « Vous faites de la radio, moi aussi j’étais un fou de la CB. Si je vous montrais les installations que j’ai réalisé sur mes voitures vous n’en reviendriez pas, ondes courtes, ultra-courtes, hyper-fréquences. Tenez, du centre de la France je captais des bateaux à  l’autre bout du monde ! ».
Avec lui, les marins du Vendée-Globe se sentent moins seuls. Pas comme moi à  ce moment là  !

Et puis un jour, le miracle ! Au test  « delta-tango  », le gars vous pose la question : « Vous volez ?  » Intense moment auquel je ne croyais plus. Tellement plus que je me lance :  « Je vole à  Montpellier  ». Je te dis pas comment j’ai dit ça… l’assurance avec laquelle j’ai envoyé ces quatre mots n’a d’égale que la joie profonde « d’en avoir trouvé un  » ! Aussitôt le gars reprend :  « Mais alors, vous connaissez obligatoirement Duchmoll avec qui j’ai réalisé au moins 200 heures. On est allé ensemble en Italie, en Espagne, en Corse. Un sacré pilote ! avec mes malheureuses 400 heures, je suis un gamin à  coté de lui. Tout le monde connait Duchmoll  »
Evidemment que tout le monde connait Duchmoll. Tout le monde, sauf moi ! Et puis ses 400 heures… je viens à  peine de passer 30 heures en double et 4 heures solo ! Et voilà  qu’il me raconte qu’il a passé l’IFR ! Je me tasse sur mon sià¨ge. Tu veux que je te dise… je viens de prendre 8 G positif.

Il ajoute : « Vous m’emmenez quand ?  »

Ajoute 10 G négatif. Je suis en apesanteur à  environ 3 pieds au-dessus de mon fauteuil. Je vais franchir le seuil des 15 m de piste sans l’aide du moindre ventilateur. Je mets déjà  du pied à  droite pour ramener la bille quand je m’entends lui répondre :  « Quand vous voulez !  » (Turbulences !).

Et le voilà  qui enchaine sur Duchmoll. Oh p…, je l’avais déjà  oublié celui-là  ! Heureusement, ce client fait partie de ceux qui parlent plus qu’ils n’écoutent. Je détourne gentiment la conversation et envoie gentiment ce Duchmoll là  d’o๠il n’aurait jamais dà» sortir…

Voler pour voler, j’ai compris à  quoi ça sert. C’est pour toi. Rien que pour toi. Personne d’autres que ceux qui volent, ou à  la limite, ceux qui auraient voulu voler, ne peuvent comprendre. Pour toi, c’est tellement important que tu t’en enorgueillis. Et tu as raison. Mais si tu savais le peu que ça représente pour les autres, ça te remettrait peut-être à  ta place. Enfin, à  la place à  laquelle, eux, te mettent.

Alors, le premier vendredi du mois, tu vas au pot de l’aéroclub. Là , t’entends parler que d’avions. Tu bois, tu manges, tu rencontres et, petit à  petit, tu deviens quelqu’un qu’on reconnait. On te félicite pour ton lacher, pour ton PPL théorique, bientôt pour ton vrai PPL. Et là , tu côtoies des pilotes, des vrais, qui ne s’appellent pas Duchmoll et qui ne se prennent même pas… pour des pilotes. Après tu rentres et tu t’endors dans une mer de jolimulus en rêvant d’une terre aussi pure que ce ciel.

Voler pour voler… Ca sert peut-être à  ça !

 

Patrick TANGUY (Copyright http://Aeroclub-montpellier.com)

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  Voler pour voler, ça sert peut-être à ça